Le mouvement prend une autre ampleur. Opposé au projet de loi "Justice criminelle et respect des victimes", dit projet SURE, le barreau de Lyon a décidé de passer à l’action. Réunis ce jeudi 2 avril en assemblée générale extraordinaire, les avocats lyonnais ont validé les modalités de leur mobilisation, dans le sillage d’un appel national déjà massivement soutenu par la profession.
Le point de départ vient de la Conférence des bâtonniers, qui a voté le 27 mars dernier, à 87 % des suffrages exprimés, en faveur d’un mouvement de grève contre ce texte. Le barreau de Lyon, estimant la situation suffisamment grave, a donc organisé sa propre AGE pour fixer sa riposte locale.
La décision est lourde de conséquences : une grève totale du barreau, concernant tous les contentieux et toutes les juridictions, entrera en vigueur à compter du 2 avril à minuit et se poursuivra jusqu’au 16 avril inclus. Les avocats lyonnais prévoient également de rejoindre la mobilisation nationale organisée devant le Sénat le 13 avril. Une nouvelle assemblée générale extraordinaire doit enfin se tenir le 16 avril pour décider des suites à donner au mouvement.
Derrière cette démonstration de force, la profession dénonce une réforme qui, sous couvert de raccourcir les délais de jugement en matière criminelle, s’attaque selon elle aux fondements mêmes du procès pénal. Le barreau ne conteste pas le diagnostic de départ : aujourd’hui, certaines affaires criminelles les plus graves peuvent mettre six à huit ans avant d’être jugées. Mais pour les avocats, le gouvernement répond à un problème de moyens par une réforme de procédure qui accélérerait les dossiers sans traiter le fond.
Les critiques visent notamment trois points : l’introduction d’une forme de plaider-coupable criminel, le plafonnement des peines en cas de reconnaissance des faits, et une rupture plus large avec la tradition du procès criminel fondé sur l’oralité, la publicité des débats et l’examen complet des faits comme des personnalités.
Le barreau de Lyon estime que ce texte risque de marginaliser les victimes, d’exercer une pression accrue sur les accusés, de réduire les recours, de concentrer les pouvoirs sur un juge unique et d’affaiblir le débat judiciaire, jusqu’à remettre en cause la place du jury populaire. Pour la profession, il ne s’agit pas d’un simple désaccord technique, mais d’une alerte sur une réforme jugée porteuse d’une "remise en cause profonde des libertés fondamentales".
Par cette grève, les avocats lyonnais veulent donc envoyer un message clair : la justice ne peut pas, selon eux, être réformée uniquement au nom de la gestion des flux. Et à Lyon, ce bras de fer avec le gouvernement entre désormais dans une phase concrète.











